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David Lefebvre

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Pages enfants

C’est quoi la fermentation ?

Élevage

Publié le 25/09/2023


Quelle relation y a-t-il entre vous pieds qui sentent le camembert, les raisins foulés au pied par Ulysse et ses compagnons dans la grotte du cyclope, et les fermentations qui inondent le vignoble alsaciens d’effluves odorantes aux vendanges ?

Et bien ce sont les champignons, ces êtres vivants, qui aiment transformer la matière vivante. Ce sont ces mêmes champignons qui recouvrent et donnent au camembert et aux pieds leur odeur si caractéristique. Et dans la famille des champignons, il y a les levures. Elles sont partout, dans tous les recoins, sur toutes les surfaces, dès lors qu’elles ont à manger. Et quand Ulysse et ses compagnons foulent le raisin de leurs pieds, pour ne pas être dévorés par Polyphème, ils déposent avec leurs pieds les levures qui transformeront le jus de raisin en vin, pour saouler le Cyclope, et s’enfuir de l’antre du géant. Les levures qui, à leur origine, vivent dans la terre. Mais quand surviennent les vendanges, les fruits gorgés de sucre deviennent alors un garde manger remarquable pour les levures. Car elles apprécient en particulier le sucre… Elles vont donc coloniser le raisin et le jus de raisin pour transformer son sucre en alcool. Et donner le bon vin nouveau. Il est trouble, il est encore sucré, et il est pétillant. Et bien, c’est que les levures travaillent à plein gaz ;o). Car en transformant le sucre en alcool, les levures produisent aussi le gaz carbonique que l’on entend glouglouter dans les caves. D’ailleurs n’ayez crainte, aux vendanges nous respirons les levures transportées par l'air. Fort heureusement, elles sont inoffensives pour nos poumons.

 

 

 

 

 

Géologie du vignoble alsacien

Le vin, une occasion unique de goûter la géologie

Vigne

Publié le 31/07/2023

Claude Sittler, Jean-Paul Party, Yves Hérody, Claude et Lydia Bourguignon, Dominique Schwartz, Philippe Duringer, Quentin Boesch, Yannick Mignot… Nombreux sont les géologues et les pédologues qui se sont penchés sur la géologie du vignoble alsacien. Complexe s’il en est, cette géologie présente la particularité de s’étaler sur les quatre ères géologiques. Un cas unique, dit-on dans le monde viticole. Même les représentations cartographiques de la géologie s’y perdent et ne sont pas toujours bien en rapport avec la réalité du terrain, où les failles et les éboulis se mêlent aux dépôts éoliens, lacustres et marins, ou encore à l’activité volcanique comme au pied de l’Ungersberg de Bernardvillé et Reichsfeld ou sur le Rangen de Thann.

Le terrain de jeu privilégié des sommeliers

En Alsace, le sol du vignoble peut être constitué de roches sédimentaires comme les fameux grès des Vosges ou de roches métamorphiques comme les granites. On y trouve également des roches volcaniques, schisteuses, marneuses, calcaires, gréseuses, granitiques, ou constituées de limons et de loess profonds. Une telle variété de substrats géologiques est rare.

Il en résulte un véritable jeu d’exploration pour les sommeliers qui peuvent réfléchir aux influences que la géologie peut exercer sur le vin d’Alsace. En particulier avec le riesling qui est régulièrement cité comme étant le cépage le plus marqué par le terroir. Exceptionnelle, en effet, est la variété des rieslings alsaciens. Un Rangen (volcanique) Schoffit, un Frankstein (granite) Beck-Hartweg, un Muenchberg (grèsovolcanique) Wolfberger, un Florimont (calcaire) Jean Geiler n’ont rien de commun sur le plan gustatif, excepté la vivacité du plus rhénan des cépages.

D’ailleurs Pascaline Lepelletier, meilleure sommelière nationale et meilleure ouvrière de France, souligne dans la Revue du vin de France : « l’audace de l’appellation des vins d’Alsace » et des « vins d’expression très forte, qui sont limites, même, parfois ». Même propos pour le sommelier de la Villa Lalique à Meisenthal, Romain Iltis, auréolé des mêmes titres, pour qui les géologies du vignoble alsacien constituent « un terrain de jeu exceptionnel » pour l’apprenant.

Le fossé rhénan, une fissure de 5 000 mètres de profondeur

En reprenant un peu de fil de l’histoire au cours de ces 4 milliards d’années, on ne peut passer à côté d’une séquence essentielle de l’histoire géologique de la région : l’effondrement du fossé rhénan. À tout seigneur, tout honneur. Laissons à la docteure en géologie et également vigneronne à Ribeauvillé, Yannick Mignot, et son compagnon Jean Baltenweck, du domaine Clef de sol à Ribeauvillé, le soin d’en parler.

« Il faut imaginer une immense plaque continentale qui va de la dorsale médio-océanique Atlantique au Pacifique : la plaque eurasienne. » Et quand une plaque d’une telle surface repose sur une sphère, alors « elle subit des contraintes, s’étire en surface ». En certains endroits, elle se déchire en profondeur. C’est à la faveur de cette « distension est-ouest » que s’est produit un effondrement vertical, « de l’ordre de 5 000 m de profondeur au niveau de Rouffach et de 2 300 m au niveau de Ribeauvillé. Depuis tant de millénaires, le tout s’est bien sûr comblé de sédiments, éboulis, dépôts marins… ».

 

 

 

 

 

Failles, éboulis, érosions, dépôts…

Le terme d’effondrement donne une vision chaotique et assez brusque du phénomène. Il n’en est rien. « Ça a commencé il y a 50 millions d’années ». Et cela se poursuit jusqu’à aujourd’hui, à chaque tremblement de terre. « Nous sommes sur une plaque continentale. Il ne faut pas imaginer que c’est parfaitement stable », explique la géologue. « À un moment, lorsque cet effondrement est passé sous le niveau de la mer, celle-ci s’est engouffrée. D’abord par le nord, ensuite par le sud. Et on a donc la situation suivante : un bras de mer dans le fond du fossé, sous un climat chaud tropical », poursuit la géologue qui conte la scénographie géologique de la fin de l’ère tertiaire, à l’Oligocène, il y a 50 millions d’années donc. Pas si longtemps finalement au regard des 4 milliards d’années de notre bonne vieille Terre. On retrouve cette géologie oligocène sur des crus comme le Hatschbourg ou des traces sur le Clos Saint Landelin.

Autre regard, très académique, celui de Quentin Boesch, géologue au CNRS à Strasbourg, qui s’intéresse aussi au fossé rhénan. Le géologue Olivier Dequincey (ENS Lyon) résume son propos : « Une complexité tectonique couplée aux mécanismes d’érosion conduit à la mise à l’affleurement d’une grande diversité de terrains propices à la viticulture. » Quentin Boesch identifie « trois principaux champs de fractures à Saverne, Ribeauvillé et Guebwiller. S’ajoute un phénomène de morcellement des terrains en une multitude de compartiments, séparés par des failles ».

Les limites d’une carte en 2D

Difficile d’y voir clair dans une telle complexité. Néanmoins, le Civa a financé dans les années 1990 une vaste étude sur le sujet. C’est l’agronome et géologue Jean-Paul Party et son entreprise Sols conseils qui s’y est collé. Ce qui a donné quatre tomes de cartes géologiques qui servent de base aujourd’hui à la description des grands crus d’Alsace. Le problème d’une carte, c’est qu’elle est en deux dimensions, or il y a des phénomènes d’éboulis, d’érosion, de dépôts… C’est pourquoi, le pédologue Yves Hérody s’est attaché à constituer des fiches faciès, c’est-à-dire des fiches pédogéologiques à partir de parcelles types du vignoble dont on est certain que la vigne repose sur un seul et unique substrat, et pas sur une succession de couches.

Pour le vigneron, la question est de savoir sur quel type de géologie il cultive la vigne et en quoi cette géologie influence sa pédologie, puis son vin. Il peut ensuite adapter son agronomie. Cette science n’est pas exacte et il y a autant d’interprétations du terroir que de géologues et de pédologues. Certains sont sensibles à l’effet de la matière organique, d’autres à la biologie des sols comme facteur révélateur du terroir. Yves Hérody, qui officie au sein de l’association Vignes Vivantes en Alsace, s’est attaché à proposer des conduites agronomiques en fonction des substrats géologiques. Exemple parmi tant d’autres, la gestion des bois de taille n’est pas la même selon que le sol est acide comme sur les granites, ou basique sur les calcaires.

 

 

 

 

 

D’autres pédologues sont sensibles à la question de la matière organique comme Dominique Schwartz. Mais il y a beaucoup de limites à l’observation : « Quand on fait des analyses de sols, souvent le prélèvement est superficiel. Or on peut avoir un pH de 7,5 en surface et 8,9 à 50 cm », d’où des problèmes mal identifiés. « Pour les viticulteurs souvent c’est la roche qui importe. Nous (les pédologues) séparons le sol de la roche. Le sol, c’est 30 % de roche, 30 % de topographie, 30 % de vie. » Selon Dominique Schwartz, la vigne peut descendre à 10 m de profondeur quand le sol est fissuré, mais elle peut aussi rester en surface. « Cette image selon laquelle la partie racinaire serait le miroir de la partie aérienne est complètement fausse, ça dépend du sol et des réserves hydriques. »

Thomas Boeckel, nouveau président du GPNVA – Les Grandes Maisons d’Alsace

Un président de transition pour encourager les jeunes

Vigne

Publié le 25/07/2023


« Nous représentons un poids important du vignoble, tant en volumes mis en marché qu’en capital image », rappelle Thomas Boeckel, le nouveau président des négociants-producteurs de vins d’Alsace, qui se considère comme jouant un rôle d’« intermédiaire entre deux générations ». Celle de Pierre Heydt-Trimbach « qui connaissait tous les dossiers depuis 30 années de présidence ». Et celle des « jeunes qui ne se disent pas encore prêts à prendre le relais ».

Thomas Boeckel n’est pas novice dans la représentation professionnelle puisqu’il siège au Civa et au Crinao, il a aussi présidé son syndicat viticole local. « Quand on se lançait dans la représentation professionnelle, cela ne nous dérangeait pas de prendre des coups. Mais les temps ont changé, les jeunes n’ont pas envie de cela, ils veulent être accompagnés », observe-t-il.

« Tout le monde a le droit à la parole, mais c’est vrai qu’on sort de quelques décennies où prendre la parole était compliqué. En ce moment, elle se démocratise, le dialogue est plus respectueux », juge-t-il. Une évolution nécessaire et incontournable, car « la génération qui va suivre a besoin d’être motivée pour prendre des responsabilités dans les instances professionnelles ». Thomas Boeckel assume donc cette présidence « dans un but de transmission » avec deux « jeunes » négociants, Jacques Cattin et Thomas Schutz qui assurent les deux vice-présidences. « C’est important de partager les décisions et de ne pas faire reposer le poids des décisions sur une seule personne. » L’un des premiers enjeux sera de « créer une unité et une solidarité entre les adhérents dans les prises de décisions importantes qui concernent le vignoble […] C’est important pour impliquer les jeunes », ajoute-t-il, très soucieux de l’avenir du syndicat. « Quand on aborde un dossier, il faut le connaître. Au Civa, tout le monde les connaît bien, et il y a 12 « stagiaires », ce qui leur permet de bien les appréhender. »

« Tous les négociants doivent se sentir concernés »

Depuis sa prise de fonction début juillet, les dossiers s’enchaînent. Il y a en particulier la modification de contrats d’achat de raisin et de vrac, avec des clauses se rajoutant sur les ingrédients. « Ce qu’on va acheter dès à présent nous engage après le 8 décembre, date où l’obligation d’information sur les ingrédients sera effective. Et ce, quel que soit le type de vin, bio et naturel aussi. » Ce sujet « concerne tout le monde », souligne Thomas Boeckel, y compris les vignerons récoltants manipulant qui ajoutent une activité de négoce à leur entreprise. « On ne peut pas obliger les gens à cotiser, mais tous les négociants doivent se sentir concernés par notre travail. »

Le plus souvent, il faut du temps pour que les résultats voient leurs effets, « que ce soit dans nos contributions aux Crinao ou à l’Ava. On passe des heures sur des dossiers pour des résultats qui ne sont pas instantanés ».

Expobiogaz à Strasbourg

Biogaz toute !

Technique

Publié le 28/06/2023


Grand rassemblement annuel des acteurs des gaz verts, le salon itinérant Expobiogaz a fait étape les 7 et 8 juin à Strasbourg. L’occasion de réunir les acteurs et décideurs de cette filière où des annonces gouvernementales ont été faites pour assurer un nouveau déploiement de méthaniseurs (voir article connexe).

Aujourd’hui, les gaz verts se déclinent au pluriel et il n’est plus seulement question que de biométhane (CH4), mais aussi d’hydrogène vert (H2) et de gaz carbonique vert (CO2). Car paradoxalement, si le CO2 qui a pour origine les combustions de ressources carbonées fossiles encombre l’atmosphère, le C02 d’origine végétale, biogénique dit-on, à des fins d’usages industriels et alimentaires, manque.

Produire et vendre son bioCO2

Une station de méthanisation produit grosso modo moitié-moitié de CH4 et de CO2. Tandis que le biométhane (CH4) est injecté sur le réseau de gaz, le bioCO2 est rejeté, or il représente un véritable potentiel industriel. Exemple : la neige carbonique. La valorisation du CO2 de méthanisation est donc l’une des grandes tendances de cette édition d’Expobiogaz, avec l’exemple du jeune agriculteur méthaniseur aubois Baptiste Dubois qui commercialise son bioCO2. Lequel a réussi à lever de façon impressionnante les obstacles industriels et administratifs (analyses et traçabilité) pour produire et vendre un bioCO2 alimentaire et industriel. Parmi les exposants, le Drômois Prodeval propose par exemple une station de liquéfaction du bioCO2. Il vend aussi une station-service de bioGNV.

Distribuer et acheminer le bioGNV

Le carburant bioGNV est d’ailleurs une autre tendance de fond à Expobiogaz, avec la présence remarquée d’agriculteurs pionniers tels que le Vosgien Philippe Collin. Plusieurs exemples de stations-service de bioGNV étaient exposés comme la station EvoBlocs chez le chaudronnier Blocalps (voir la vidéo d’Hugo sur notre chaîne youtube "Agriculture Innovante"). Le problème du BioGNV est de pouvoir être acheminé sur des spots de consommation, tels que des chantiers de travaux publics, où au cœur de parcs de flottes captives. Comme de simples bouteilles de gaz domestique pour la cuisine, des racks de bioGNV vont désormais être transportés et distribués, ce qui ouvre de nouvelles perspectives pour les unités de méthanisation qui ne peuvent pas injecter sur le réseau mais qui pourront aussi produire du bioGNV : c’est ce que réalise Philippe Collin. La Région Grand Est montre l’exemple, a indiqué la conseillère régionale Pascale Gaillot, en pointe sur le sujet : les 86 bus de la régie des transports ardennais rouleront au bioGNV. Et un test de transport de bioGNV sera réalisé à la ferme 112, ex-base aérienne 112 près de Reims, reconvertie en exploitation agricole où sera construit un méthaniseur de 250 Nm3.

Capter et valoriser les émanations passives de biogaz

Au chapitre des innovations et récompenses, on ne pouvait pas rater le T6 Méthane Power de New Holland qui est désormais fabriqué de série. Une réflexion forte est portée sur les fuites ou émanations passives de biogaz des fosses de stockage et des installations. Des fabricants proposent des détecteurs comme chez Wessling. Mais il est aussi question de capter ce biogaz qui s’échappe des fosses de stockage de lisier ou de digestat. Exemple : Kortos propose de façon très économique de récupérer le biogaz du lisier stocké en citerne souple à effluents en PVC. Une tonne de lisier produit en 4 à 8 semaines 40 m3 de biogaz soit 25 litres de fioul. De même, la start-up Nenufar propose une couverture flottante sur les fosses à lisier et/ou à digestat qui collecte ces gaz et les valorise. Mais le coup de coeur du salon cette année, c’est Dipnoi biogaz et Nicolas Hourizadeh, l’ingénieur d’études de la start-up CH4Process. Cette fois-ci, les émanations de biogaz de la fosse à digestat sont collectées dans un gazomètre (réservoir souple), et ce biogaz pauvre en méthane (35 %) est valorisé en électricité et chaleur. Le premier prototype sera installé chez Méthachrist à Woellenheim en Alsace.

Expobiogaz à Strasbourg

Biogaz toute !

Technique

Publié le 16/06/2023


 

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Grand rassemblement annuel des acteurs des gaz verts, le salon itinérant Expobiogaz a fait étape les 7 et 8 juin à Strasbourg. L’occasion de réunir les acteurs et décideurs de cette filière où des annonces gouvernementales ont été faites pour assurer un nouveau déploiement de méthaniseurs (voir article connexe).

Aujourd’hui, les gaz verts se déclinent au pluriel et il n’est plus seulement question que de biométhane (CH4), mais aussi d’hydrogène vert (H2) et de gaz carbonique vert (CO2). Car paradoxalement, si le CO2 qui a pour origine les combustions de ressources carbonées fossiles encombre l’atmosphère, le C02 d’origine végétale, biogénique dit-on, à des fins d’usages industriels et alimentaires, manque.

Produire et vendre son bioCO2

Une station de méthanisation produit grosso modo moitié-moitié de CH4 et de CO2. Tandis que le biométhane (CH4) est injecté sur le réseau de gaz, le bioCO2 est rejeté, or il représente un véritable potentiel industriel. Exemple : la neige carbonique. La valorisation du CO2 de méthanisation est donc l’une des grandes tendances de cette édition d’Expobiogaz, avec l’exemple du jeune agriculteur méthaniseur aubois Baptiste Dubois qui commercialise son bioCO2. Lequel a réussi à lever de façon impressionnante les obstacles industriels et administratifs (analyses et traçabilité) pour produire et vendre un bioCO2 alimentaire et industriel. Parmi les exposants, le Drômois Prodeval propose par exemple une station de liquéfaction du bioCO2. Il vend aussi une station-service de bioGNV.

Distribuer et acheminer le bioGNV

Le carburant bioGNV est d’ailleurs une autre tendance de fond à Expobiogaz, avec la présence remarquée d’agriculteurs pionniers tels que le Vosgien Philippe Collin. Plusieurs exemples de stations-service de bioGNV étaient exposés comme la station EvoBlocs chez le chaudronnier Blocalps (voir la vidéo d’Hugo sur notre chaîne youtube "Agriculture Innovante"). Le problème du BioGNV est de pouvoir être acheminé sur des spots de consommation, tels que des chantiers de travaux publics, où au cœur de parcs de flottes captives. Comme de simples bouteilles de gaz domestique pour la cuisine, des racks de bioGNV vont désormais être transportés et distribués, ce qui ouvre de nouvelles perspectives pour les unités de méthanisation qui ne peuvent pas injecter sur le réseau mais qui pourront aussi produire du bioGNV : c’est ce que réalise Philippe Collin. La Région Grand Est montre l’exemple, a indiqué la conseillère régionale Pascale Gaillot, en pointe sur le sujet : les 86 bus de la régie des transports ardennais rouleront au bioGNV. Et un test de transport de bioGNV sera réalisé à la ferme 112, ex-base aérienne 112 près de Reims, reconvertie en exploitation agricole où sera construit un méthaniseur de 250 Nm3.

Capter et valoriser les émanations passives de biogaz

Au chapitre des innovations et récompenses, on ne pouvait pas rater le T6 Méthane Power de New Holland qui est désormais fabriqué de série. Une réflexion forte est portée sur les fuites ou émanations passives de biogaz des fosses de stockage et des installations. Des fabricants proposent des détecteurs comme chez Wessling. Mais il est aussi question de capter ce biogaz qui s’échappe des fosses de stockage de lisier ou de digestat. Exemple : Kortos propose de façon très économique de récupérer le biogaz du lisier stocké en citerne souple à effluents en PVC. Une tonne de lisier produit en 4 à 8 semaines 40 m3 de biogaz soit 25 litres de fioul. De même, la start-up Nenufar propose une couverture flottante sur les fosses à lisier et/ou à digestat qui collecte ces gaz et les valorise. Mais le coup de coeur du salon cette année, c’est Dipnoi biogaz et Nicolas Hourizadeh, l’ingénieur d’études de la start-up CH4Process. Cette fois-ci, les émanations de biogaz de la fosse à digestat sont collectées dans un gazomètre (réservoir souple), et ce biogaz pauvre en méthane (35 %) est valorisé en électricité et chaleur. Le premier prototype sera installé chez Méthachrist à Woellenheim en Alsace.

Ferme des Grivées (Haute-Marne)

Récupérer les émanations passives de biométhane

Technique

Publié le 16/06/2023


Philippe Collin est un agriculteur pionnier de la méthanisation, « de deuxième génération », précise-t-il. Son unité de méthanisation de 250 kW électrique, date de 2010. En 2018, il figure parmi les premiers à lancer, sur sa ferme des Grivées, une station de biométhane pour véhicule avec Prodéval, distributeur de biogaz. S’y approvisionnent les bus scolaires, les camions de collectes de lait, et les particuliers de passage qui n’hésitent pas à sortir de l’A31 toute proche pour se ravitailler, grâce aux applications de carte interactive « CarburOgaz » ou « Pitpoint ». Prix de vente : 1,20 €/l. Un litre de bioGNV équivaut à 1,2 l en gasoil.

Un projet familial

Pour parfaire son autonomisation énergétique, Philippe Collin lance une huilerie sur son exploitation de 300 ha, dont 180 en cultures et 120 en herbe pour une centaine de broutards. Sa sole se compose d’une quinzaine cultures différentes en bio. « Mes enfants reviennent sur l’exploitation, on va développer les circuits courts vers les grandes villes. La ferme devient une Scop de transformation avec la viande, le maraîchage sous serre chauffée au biogaz, et bientôt l’huile, l’arboriculture, la meunerie, voire les cochons sur paille, détaille l’exploitant. C’est un projet familial ! Il y a une réflexion profonde autour de la ferme. » Et la méthanisation est l’un des fondements de cette réflexion. « Cependant nous ne sommes pas autonomes en sourcing de matière organique pour approvisionner le méthaniseur. Notre prix a été multiplié par trois avec une pression sur les déchets organiques, où d’ailleurs la réglementation n’est pas toujours bien suivie… », regrette Philippe Collin.

Économiser les intrants organiques

C’est dans ce contexte général qu’il a décidé d’investir dans un dispositif Nénufar, l’entreprise est spécialisée dans la méthanisation en autonomie sur les exploitations d’élevage. « J’ai réfléchi ainsi : si j’investissais dans la station de BioGNV, alors je devais également investir dans des intrants organiques supplémentaires pour produire le bioGNV. Sinon je récupérais les émanations résiduelles de gaz. Et donc, ça me permet d’économiser des intrants organiques. »

Mis en service en novembre 2019, le dispositif Nénufar a coûté 55 000 €. « Ça permet de récupérer 120 kg de bioGNV par jour. À 1 euro, ça donne 43 800 € de chiffre d’affaires brut par an. » La bâche flottante couvre la cuve de stockage des digestats. « On hygiénise tout en sortie de digesteur, donc le stockage est chauffé. » Ce qui permet de récupérer 290 m3 de biogaz par jour, « c’est l’équivalent du biogaz nécessaire pour faire tourner un moteur de 22 kWh », ajoute Maxime Joubin de Nénufar. « C’est le plein du camion de collecte de lait tous les jours », ajoute Philippe Collin.

Il y aurait en réalité plein de petits postes sur les exploitations, potentiellement émetteurs de biométhane : là où il y a des entassements de matière organique anaérobies comme le fumier sous stabulation, ou les fosses sous élevage hors-sol. Le dispositif Nénufar vient capter et donc valoriser ces micro-émissions de biométhane.

Déconsommation du vin

46 % des vins bus par les + de 65 ans et 86 % par les + de 40 ans

Vigne

Publié le 20/04/2023


La transmission de la culture du vin au fil des générations pose un véritable défi à la filière. En 1957, le philosophe Roland Barthes écrivait dans Mythologies que « le vin est ressenti par la France comme un bien qui lui est propre au même titre que ses 360 espèces de fromages, et sa culture ».

Omniprésent dans la culture française, bu quotidiennement, le vin est-il toujours une « boisson totem » ?

Les générations qui ont suivi ont-elles emporté avec elles ces symboles d’identité française du vin, ses régions, sa religion, sa gastronomie et sa santé ?

La tranche d’âge des 25 et 35 ans est déterminante, car on emporte avec soi la boisson que l’on consomme à cette période, explique Krystel Lepresle, déléguée générale de Vins et Société 

Ces notions identitaires du vin ont été bien transmises aux babyboomers. Mais les générations X, Y, Z qui ont suivi, ont « manifesté une difficulté de compréhension à l’égard des appellations, mais aussi une prise de conscience croissante à l’égard des risques de santé ».

Ainsi les moins de 25 ans ont intégré que deux verres de vin par jour, « c’est beaucoup trop et ça renvoie à un problème avec l’alcool ». Ils considèrent toujours le vin comme un produit de tradition, de partage et de convivialité, mais il leur est impossible cependant de le situer géographiquement.

Du père aux pairs

De nombreuses explications sociétales expliquent cette rupture : l’éclatement de la cellule familiale avec une multiplication par trois des familles monoparentales assumées à 84 % par des femmes. Tandis que 10 millions de Français vivent seuls.

Or, la transmission du vin s’effectue principalement par le père ou le grand-père.

Désormais, cette transmission s’effectue par « les pairs » en communauté. « On assiste à une féminisation des valeurs de la société, où l’attention est portée sur la santé, l’écologie, le développement durable », dans un monde qui s’urbanise, de plus en plus en recherche de valeurs naturelles. « Les femmes achètent moins de viande, moins d’alcool et plus de fruits et légumes. »

Autre évolution notable, celle de la place des repas qui se simplifient, s’internationalisent, se prennent en snacking, où l’alimentation est mise en scène, et est de plus en plus associée aux loisirs. Elle précise que les jeunes sont aussi sensibles à l’engagement RSE des entreprises.

Les plus de 65 ans représentent 46 % des achats de vin

Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que la consommation de vin a baissé de 60 %.

Des boissons comme la bière s’en sortent mieux. La consommation du vin est très générationnelle.

Les plus de 65 ans représentent 46 % des achats vin en volumes.

Et les 40-64 ans représentent 40 % des volumes achetés.

« Les moins de 35 ans représentent très peu pour notre secteur. »

Les tendances de marchés confirment cet effet générationnel de la déconsommation du vin.

« La question de l’entrée par les générations est importante parce que les moins de 35 ans vont emporter avec eux leurs habitudes de consommation.

C’est un challenge important pour la filière. »

Que veut cette jeune génération Y et Z ? Le digital, les communautés vont jouer à plein. Cette génération Y (on ne sait pas encore pour la Z) exprime un désir de simplicité, elle ne comprend pas la structuration de l’offre, et elle demande une consommation ludique. « La compréhension des AOC questionne. » Elle demande une information instantanée. La dématérialisation sur les étiquettes est très importante.

En résumé : « simplicité, divertissement et accès immédiat à l’information produit. Donc nous préconisons de favoriser l’accès à l’information et la transmission intra et intergénérationnelle », conclut Krystel Lepresle.

Nom de code Cité des vins d’Alsace

Ouverture pour Noël 2026

Vigne

Publié le 31/03/2023


Idéalement situé au cœur de la zone la plus touristique du vignoble avec ses 5 millions de visiteurs par an : le triangle Ribeauvillé-Riquewihr, Colmar, Kaysersberg va accueillir la cité des vins d'Alsace. Le nom définitif n'est pas encore acté.

Côté foncier, les choses sont actées avec l’accompagnement de la Safer sur les 4 ha de parcelles environnant et jouxtant pratiquement le château de la Confrérie Saint-Étienne à Kientzheim. À ce stade, on ne sait pas à quoi ressemblera le bâtiment. Mais on connaît le phasage du projet : un comité de pilotage sous l’égide du préfet est en place en attendant le concours d’architectes en octobre 2023, et le permis de construire qui devrait être déposé en octobre 2024.

Le budget s’élèverait à un peu plus de 20 M€, dont 2 M€ affectés à la restauration du château, auxquels s’ajoutent 8 M€ pour la scénographie, l’aménagement intérieur, l’amphithéâtre. Selon les estimations, il en coûterait à la profession 12 M€.

L’équipe du Civa a réussi à rassembler autour de ce projet ambitieux pour la filière tous les partenaires institutionnels et les collectivités territoriales. La SCIC rassemblera toutes les parties prenantes à l’exploitation de site et à sa propriété. Selon les propos de Serge Fleischer, cette cité 4.0, à vocation internationale, dotée d’outils digitaux modernes, sera un outil « communicant » axé sur l’événementiel et sur l’expérientiel.

Initialement, il avait été suggéré que le site accueille la partie administrative du vignoble. Il n’en sera rien. La question est donc de savoir comment vont évoluer l’actuelle Maison des vins d’Alsace et ses 3 500 m2 : rénovation, vente, destruction ?

Gilles Neusch a pour sa part annoncé la création du Vinopôle Alsace, une structure qui rassemble toutes les forces vives de la R&D en vins d’Alsace, et l’accompagnement professionnel de formation continue, comprenant donc l’Inrae, l’IFV, les services techniques du vignoble rassemblés actuellement sous l’intitulé de CTVA (Commission technique des vins d’Alsace).

Distillerie Massenez

La baguette et le roquefort mis en bouteille

Vie professionnelle

Publié le 10/03/2023


Une liqueur de roquefort, une liqueur de baguette, la distillerie Massenez bouleverse les traditions de la distillerie et pousse à son paroxysme le principe de la distillation qui consiste à « séparer l’esprit d’un fruit de sa matière pour lui donner la vie éternelle ». Cette fois-ci, il ne s’agit donc plus de fruits, mais de produits traditionnels emblématiques de la gastronomie française. Il fallait oser !

Le roquefort et la baguette sont mis à macérer dans de l’alcool, puis les deux macérats sont mis à distiller toujours séparément…

Bernard Baud n’en dira pas plus sur le mode opératoire : « Simplement on trempe du roquefort (ou une baguette) dans de l’alcool, mais la question c’est à quel degré d’alcool et à quelle température ? Quelle courbe de chauffe ? Combien de temps ? Quelles quantités respectives ? »

Entre sensations gustatives et représentations mentales

Cette idée incongrue de distiller un pain, Bernard Baud, le créatif PDG de la distillerie Massenez qu’il a reprise en 2010, l’a observée en 2020 sur « la scène mixologique » de Melbourne.

Lesquels mixologues australiens sont en quête de sensation texturante pour leurs cocktails. Quant à la liqueur de roquefort, elle est l’aboutissement d’un travail d’exploration de nouveaux accords avec le duo de fromagers strasbourgeois Cyrille et Christelle Lorho.

En 2020, leur rencontre avec le distillateur a été déterminante pour les conforter dans cette idée que les fromages pourraient s’associer parfaitement au plan gustatif avec des liqueurs.

On connaissait déjà en Alsace le fameux kirsch au siesskass, ce munster à peine fait, un « must » des fermes auberges vosgiennes.

Le tandem maîtres fromagers – distillateur va alors explorer d’autres associations et créer « les accords frappés ».

 

Une proposition d’accords de fromages et de liqueurs déclinée en coffrets ou proposée auprès des restaurants. Ce qui, au passage, relance l’intérêt pour le plateau de fromages.

En effet, cette proposition répond aux attentes expérientielles du public, car « on ne va plus au restaurant aujourd’hui pour manger, mais pour vivre une expérience », confirme Bernard Baud.

Tremper son fromage dans l’eau-de-vie

En tout cas,

« la réaction du public à ces accords frappés a été incroyable. Ils connaissent un vrai succès en gastronomie. Je prends un fromage et je le trempe dans un verre d’eau-de-vie », confirme Cyrille Lorho.

 

Parmi les accords qui se détachent, le roquefort trempé dans la liqueur Golden eight de Massenez est « unanimement apprécié même pour qui n’aime pas le roquefort ». Ce succès a donc poussé le distillateur à recueillir l’esprit de ce fromage emblématique dans une liqueur.

Un partenariat a été noué avec la cave Barragnaudes de la maison Société, laquelle espère en retour par la voie de la mixologie, faire connaître son fromage sur de nouveaux marchés mondiaux et parmi de nouvelles générations de jeunes consommateurs.

Ces deux liqueurs ouvrent de nouvelles perspectives gustatives pour les artisans chocolatiers, les pâtissiers, les chefs restaurateurs, les barmans et les mixologues qui vont faire vivre de nouvelles expériences.

D’ailleurs, le trio Baud-Lorho a pu présenter ses accords détonants le 5 mars lors d’un dîner de gala pour la cérémonie du guide Michelin qui s’est déroulée en Alsace, en présence de 500 convives et une pléiade de chefs étoilés français et européens.

Comptoir des vignerons indépendants (en images)

Les vignerons indépendants installent leur ambassade

Vigne

Publié le 28/02/2023


Les murs repeints à la peinture minérale sur demande des architectes des Bâtiments de France, les agencements aux couleurs du grès rose terminés, les derniers agréments de sécurité pour un établissement recevant du public obtenus… : il est désormais acquis que le Comptoir des vignerons à Strasbourg ouvrira le 3 mars. « Surtout, on a créé une ouverture sur la place Gutenberg », complète Magalie Weiss, responsable du site à propos des travaux.

Électricité, réseaux, tout a été refait. Située place Gutenberg au rez-de-chaussée et au sous-sol du Neue Bau, immeuble renaissance de 1538, qui fût une extension de l’hôtel de ville avant de devenir les locaux de la Chambre de commerce et d'industrie, cette ambassade des vins d’Alsace de vignerons indépendants, aura nécessité trois bonnes années de fortes tractations pour faire aboutir le projet.

75 vignerons partenaires se sont associés à la société par actions simplifiées Ambassade des vignerons, et pourront donc exposer chacun cinq vins. « Notre premier objectif, c’est de nous donner une plus grande visibilité commune », souligne Pascal Ruhlmann, vigneron du domaine Gilbert Ruhlmann à Scherwiller.

AOC COnseils accompagne le projet

« Il s’agissait de voir ce qu’on veut faire de ce magasin, les conditions de fonctionnement. Quel magasin ? Quelle logistique ? Considérer que ce n’est pas un magasin en soi mais un élément d’un tout.

Ce ne seront pas que des clients qui passent, la vente en ligne est importante », décrit Jean-Marc Demange, d’AOC Conseils, l’agence qui accompagne le projet. Elle a à son actif l’accompagnement du lancement de deux chaînes de cavistes et une centaine de caves.

Les 200 m2 d’accueil sont partagés en quatre zones, trois grandes sous-régions du vignoble, et une zone plus cosy dédiée aux vins d’exception et crémants. Les enfants et amateurs de boissons sans alcool disposeront d’un comptoir à jus de fruit de vigneron.

Vu sa situation en plein centre-ville, le Comptoir misera aussi sur la commande digitale à la caisse et la livraison à domicile. « La particularité de ce site, c’est son accessibilité, un magasin dans un monument historique avec des contraintes. On est dans une zone hypertouristique. Le défi, c’est de faire en sorte que lorsque le client rentre, il soit livré », explique Jean Marc Demange.

« Nous ne serons pas la boutique qui fera couler les cavistes »

Et pour le centre-ville, un vélo-cargo à l’effigie du comptoir livrera. Les Vignerons indépendants ont négocié un contrat avec la messagerie urbaine Urby.

« Clairement, ce sera une vitrine et une ambassade. S’agissant des cavistes à proximité, nous ne serons pas la boutique qui les fera couler, assure Jean-Marc Demange, et les prix pratiqués seront des prix cavistes. On n’a pas le droit de faire concurrence aux clients de nos vignerons. On applique toutes les règles de fonctionnement d’une cave classique. D’ailleurs, on paie un loyer à la CCI qui est loin d’être négligeable. »

Côté règlement intérieur entre les vignerons, « c’est un projet collectif avec des droits et surtout des devoirs, mais les vignerons ont l’habitude de travailler ensemble. I

ls vont devoir donner de leur temps, le planning s’est rempli tout de suite », observe le consultant.

Restera encore le sous-sol à aménager. Les réflexions sont en cours, mais le potentiel du lieu laisse à penser qu’il pourrait être aménagé pour de l’événementiel comme des masters class, des afterwork…

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