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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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Fertilisation du blé

Toujours plus près des besoins

Technique

Publié le 03/07/2023


Les engrais azotés sont chers, et il est fort probable qu’ils le restent. Le Comptoir agricole a donc mis en place un essai, avec Arvalis - Institut du végétal, qui vise à identifier la ou plutôt les stratégies qui permettent d’atteindre la meilleure dose technico-économique d’azote, c’est-à-dire celle qui permet à la fois de limiter les charges et d’optimiser le rendement. La méthode de fractionnement classique (premier apport au tallage, deuxième apport au stade épi 1 cm et éventuel troisième apport) est questionnée, y compris sur la dose qui est apportée ou pas, à chaque stade. L’essai vise aussi à adapter ces pratiques à l’évolution du climat, c’est-à-dire à des printemps qui peuvent être plus secs, à des stades qui peuvent être atteints plus tôt. Par exemple, le stade épi 1 cm est, dans les esprits, corrélé au 15 mars. Mais, de plus en plus souvent, il est atteint plus tôt. Clément Weinsando, technicien au Comptoir agricole, encourage vivement les agriculteurs à effectuer un apport autour de cette date et quand une précipitation significative (15 mm dans les 15 jours qui suivent un apport) est annoncée.  « L’azote doit être disponible quand les besoins de la plante augmentent, et c’est à ce moment-là qu’ils sont les plus élevés », justifie-t-il.

Autre élément à prendre en compte : l’exploration racinaire et la valorisation des reliquats azotés. « Ces derniers sont souvent estimés sur les deux premiers horizons, alors que les blés sont capables d’explorer l’horizon sous-jacent lorsque leur enracinement est maximum, c’est-à-dire autour de la floraison. À condition qu’ils aient évolué dans un contexte favorable à leur enracinement. Si ce n’est pas le cas, par exemple lors d’un printemps sec, le développement racinaire, et par conséquent l’exploration du troisième horizon, sont perturbés », décrit Clément Weinsando. Conséquence : une moindre absorption d’eau, d’éléments minéraux…

Réduire les doses, oui mais comment ?

Dans cet essai, réalisé avec la variété Arcachon semée le 30 octobre à une densité de 400 grains/m2, et avec un objectif de rendement de 90 q/ha, la dose de référence calculée par la méthode du bilan, est de 155 unités/ha. Une dose modérée donc, qui s’explique par des reliquats élevés, indique Clément Weinsando, qui précise aussi que tous les apports d’azote ont été valorisés par une pluie, « ce qui n’est pas toujours le cas ! » Le témoin, qui n’a pas reçu d’azote minéral et n’a donc comme fourniture azotée que les reliquats, présentait le 20 juin, une densité de 700 épis par mètre carré. La modalité dite classique consiste à apporter 40 unités au tallage, 75 au deuxième apport (situé autour du stade épi 2 cm, fin mars, pour des raisons inhérentes au caractère expérimental de l’essai), et 40 unités au troisième apport. La stratégie de réduction de charge a consisté à tester l’apport d’une dose réduite de 40 unités (soit 115 unités) selon différentes modalités : en effectuant l’impasse sur les 40 unités au tallage et en apportant le reste normalement, en effectuant une impasse de 40 unités en fin de cycle, ou en réduisant un peu chaque apport (de 13 unités) pour atteindre une réduction totale de 40 unités. « Il est important de garder à l’esprit que le coefficient d’utilisation de l’azote augmente progressivement jusqu’à la floraison, stade où l’azote est le mieux utilisé, à condition d’avoir de l’eau », souligne Clément Weinsando. Intuitivement, il semble donc plus intéressant d’augmenter la dose au deuxième qu’au premier apport.

L’essai comprend aussi une stratégie d’adaptation aux printemps secs. Elle consiste à fractionner la dose totale en deux apports à peu près équivalents. Dans la modalité CHN, où la dose et la période d’apport sont déclenchées par un modèle qui intègre les besoins de la plante et la disponibilité des éléments, trois apports de 30 unités ont été effectués. Une autre modalité a consisté à apporter 50 unités chaque fois qu’une pluie significative était annoncée jusqu’à atteindre 155 unités. Enfin, la dose totale a été apportée avant le 15 mars, en effectuant deux apports à quinze jours d’intervalle. Verdict dans quelques semaines !

À quelques jours de la moisson

Les semis précoces sauvent la mise

Cultures

Publié le 28/06/2023

Alors que les moissonneuses-batteuses sont dans les starting-blocks, le bilan de la campagne peut être dressé. Pour être exhaustif, il faut remonter à la récolte des maïs 2022, qui a été précoce, fin août - début septembre, avec des rendements assez décevants, mais aussi, par conséquent, des reliquats azotés élevés. Les parcelles ayant été libérées tôt, bon nombre d’agriculteurs ont fait le choix de semer les blés plus tôt. La majorité des parcelles a été semée de début à fin octobre. Seuls les blés de betteraves ont été semés plus tard, jusqu’en décembre, et dans des conditions de sol pas toujours adaptées. Si la précocité des semis est aujourd’hui ce qui sauve la mise, en sortie d’hiver, elle a causé quelques frayeurs. En effet « la densité n’a pas toujours été adaptée à la précocité des semis », pointe Julien Schotter, technicien au Comptoir agricole. Après un hiver plutôt doux et humide, les blés ont tallé fort, et la densité d’épis était très importante. La douceur hivernale a aussi rendu les blés très dynamiques : « Ils ont eu jusqu’à quatre semaines d’avance sur un cycle classique, ce qui fait que le stade épi 1 cm a pu être atteint le 5 mars », indique Julien Schotter. En avril, les blés étaient tellement en avance que « nous étions inquiets face à un risque de gel des épis, qui n’a finalement pas eu lieu ». La fraîcheur du mois d’avril a eu l’avantage de calmer un peu les blés, qui conservent malgré tout une dizaine de jours d’avance lorsqu’ils abordent la floraison, vers le 15 mai. Résultat des courses, le remplissage des grains débute lui aussi précocement, et sous des températures clémentes. À ce stade, les blés affichent une densité de 730 épis/m2 en moyenne, soit dans la fourchette haute, et une programmation de 35 à 40 grains par épis en moyenne, rapporte Julien Schotter.

Risque mycotoxine minime

« La phase de remplissage dure généralement de cinq à six semaines, avec en général quatorze jours échaudants. Cette année, il y en a eu dix. Les conditions stressantes sont arrivées alors que la phase de remplissage était déjà bien avancée », indique Julien Schotter, qui précise aussi que, sur l’ensemble du cycle du blé « il y a eu autant d’eau que l’an passé » et que « selon les experts, si on a eu 30 mm avant l’épiaison, le blé a quasiment de quoi finir son cycle ». Le rendement semble donc préservé. Du moins pour les agriculteurs qui ont semé tôt. La donne sera sans doute différente pour les blés qui ont été semés tard, qui sont parfois encore verts, et qui font leur remplissage dans des conditions de stress hydrique et de températures élevées. Sans oublier que leur qualité d’enracinement laisse parfois à désirer, les limitant dans leur capacité à prospecter le sol pour valoriser la réserve utile. « Pour ces blés-là, le remplissage risque d’être pénalisé par l’échaudage. Mais, pour les blés qui ont été semés tôt, et même pour ceux qui ont été semés à des dates classiques, dans de bonnes conditions, nous pensons que le potentiel de rendement est bon, voire supérieur à celui de l’an passé », résume Julien Schotter. Plusieurs autres facteurs ont joué en la faveur des blés : « Les conditions météorologiques n’ont pas du tout été propices au développement des maladies cryptogamiques. Si bien que le risque mycotoxines est très faible cette année ». Un peu de rouille de brune a pu se développer fin mai. Juste de quoi rappeler que la protection contre les maladies cryptogamiques est « toujours utile ». Certes, la double protection n’était pas forcément nécessaire cette année, « mais on ne pouvait pas le prévoir ». Par contre, les conditions météorologiques ont été favorables à la valorisation de tous les apports d’azote. Il y aura donc du blé alsacien à moudre cette année. Mais, il s’en est fallu de peu : « Si on n’avait pas eu ces dix jours d’avance sur le cycle ça aurait été beaucoup plus compliqué », conclu Julien Schotter.

Feux de moisson : prévenir et protéger

Le risque de feux est une nouvelle donne en Alsace et dans le Grand Est depuis l’été 2022 et particulièrement dans les forêts. Toutefois les zones agricoles ne sont pas épargnées, surtout durant les moissons des céréales d’hiver. Cette période de travail estival sur une végétation sèche et avec des températures élevées est risquée, d’autant plus si le vent est fort. Le travail de moissonnage peut provoquer des étincelles et donc un éventuel départ de feu sur les pailles et/ou une fuite d’huile ou de carburant et ce surtout sur les sols pierreux de la Harth, du Ried et de l’Alsace bossue. Un feu de moisson peut enflammer une machine, monopoliser les pompiers... Pour limiter le risque, des précautions sont à prendre :

  • vérifier le bon fonctionnement des engins agricoles, l’intégrité des fils électriques, l’entretien des filtres et courroies, l’absence de fuites ;
  • prévoir une tonne à eau et un déchaumeur à proximité des travaux ;
  • vérifier les extincteurs dans les engins ;
  • avoir un téléphone à disposition ;
  • organiser les récoltes à proximité des axes routiers en dehors des heures ou des jours de grande circulation ;
  • privilégier les récoltes avant 12 h ou après 16 h en cas de risque d’incendie élevé.

En cas de feu :

  • prévenir les pompiers au 112 ; arroser les zones voisines du feu ou créer une tranchée coupe-feu avec le déchaumeur ;
  • organiser l’accueil et le guidage des secours.

Pour connaître le risque de feu au jour le jour, vous pouvez consulter la météo des forêts.

 

 

 

Démonstration de désherbage mécanique à Beinheim

Du matériel diversifié et accessible en ETA ou Cuma

Technique

Publié le 26/06/2023


Cette journée était organisée dans le cadre du programme Ermès, qui vise la réduction du recours aux produits phytosanitaires dans des zones de captage prioritaires. David Kraemer, conseiller à la Chambre d'agriculture Alsace (CAA), a commencé par présenter les diverses modalités d’un essai de désherbage mené dans une parcelle qui a été semée le 5 mai et qui depuis, n’a reçu que les pluies d’un orage. Il a notamment rappelé que « les traitements ont un impact sur le rendement, car les cultures dépensent de l’énergie pour se détoxifier ». Au programme de l’essai : des pleines doses, avec ou sans rattrapage, des doses réduites, du désherbage mécanique, partiel ou total… Étant donné les conditions météorologiques, toutes les modalités sont aujourd’hui relativement propres.

Puis Mathilde Kauffer, conseillère à la CAA, a listé quelques leviers agronomiques à mettre en œuvre : faux-semis, labour, optimisation des traitements, et désherbage mécanique. Pour pouvoir intervenir, « il faut que le sol soit suffisamment ressuyé, et qu’il y ait quelques jours sans pluie derrière ». Les conditions actuelles sont donc plutôt optimales, de ce point de vue là. Il a été rappelé que la plupart des outils présentés, ainsi que le matériel de guidage, sont éligibles à des financements dans le cadre du PCAE.

Un frein possible au désherbage mécanique est l’accès au matériel. Pour le lever, la CAA a édité une carte qui recense les ETA disposant de matériel de désherbage mécanique. Les agriculteurs peuvent aussi se réunir en Cuma, qui, comme l’a rappelé Aurélie Schneider de la FR Cuma Grand Est, permettent de réduire les charges de mécanisation, de disposer de matériels diversifiés et de main-d’œuvre. Sans oublier que les Cuma ont accès aux subventions à des taux majorés. Le matériel est ensuite entré en action, ou a été décrit en statique. Il y avait des herses étrille, une houe rotative et des bineuses.

Alélor

150 ans et toujours jaune

Pratique

Publié le 23/06/2023


Pour fêter ses 150 ans, Alélor a organisé Alélor Fescht, un moment de convivialité autour des savoir-faire de la fabrique de moutardes, raiforts et autres condiments. Depuis la reprise de l’entreprise Alélor par Raifalsa en 2006, le nombre de recettes est en effet passé de 6 à 60, a rappelé Alain Trautmann, dirigeant de l’entreprise, tout comme le fait que les raiforts Raifalsa sont constitués à 100 % avec des racines produites en Alsace par quinze producteurs qui produisent quelque 150 t de raifort par an sur une quinzaine d’hectares. La moutarde utilisée pour élaborer les moutardes Alélor est elle aussi produite en partie localement. En 2008, l’entreprise et la Chambre d'agriculture Alsace ont noué un partenariat pour monter une filière de moutarde alsacienne. En 2009, ils étaient cinq producteurs. En 2023, 29 agriculteurs produisent de la moutarde, dont six en bio. Actuellement, ils produisent surtout des graines blanches, mais la production de graines brunes est engagée. L’entreprise a également œuvré à la relance d’une filière cornichon en partenariat avec la ferme Maurer de Dorlisheim, qui livre aujourd’hui 10 % de la production annuelle d’Alélor. Au programme de cette journée : visite guidée des ateliers de production avec expositions de matériels et documents anciens, dédicace du livre « La singulière histoire du raifort d’Alsace » par Joseph Lutz, président d’honneur de la coopérative Alsaraifort, concours de râpage de raifort, dégustation des produits, buvette et restauration sur place en continu, jeux pour les enfants, concerts en soirée.

Tournée des terroirs - Molsheim

Dans les vignes : du raisin et cætera

Vigne

Publié le 20/06/2023


Saviez-vous que les chénopodes se dégustent comme des épinards ? Que les orties sont particulièrement adaptées au régime végétarien car riches en vitamine C, en fer, et en protéines ? Que la laitue sauvage a des vertus antalgiques et sédatives, à condition de surmonter son amertume prononcée ? Et surtout que toutes ces plantes, parfois qualifiées de « mauvaises herbes », sont disponibles gratuitement et à profusion dans notre environnement ? C’est ce que les participants à l’atelier « Découverte des plantes sauvages comestibles », ont pu découvrir dimanche 4 juin, au gré d’une balade de seulement quelques mètres le long d’un sentier viticole surplombant les hauteurs de Molsheim.

Carole Behr-Kohser, guide du jour, est animatrice nature à son compte. Elle intervient dans les écoles, les périscolaires, sur demande, et ce jour-là donc, auprès d’un public très varié : familles, couples d’amoureux, retraités, groupes d’amis… Après quelques rappels de fondamentaux sur l’écologie (chaîne alimentaire, écosystème, biodiversité…), elle entre rapidement dans le vif du sujet : « Plutôt que de mauvaises herbes, je préfère parler de plantes spontanées. Car dans la nature, il n’y a rien de mauvais ni de bon. Par contre, tout a une utilité. » Même si parfois, elle échappe à une vision anthropocentrique du monde.

Trois pas plus loin, elle s’arrête devant une touffe de trèfle rouge. Qu’ils soient blancs ou rouges, les trèfles sont comestibles, et pas que par le bétail : « Les feuilles et les fleurs, très nectarifères, sont consommables en sirop, en gelée, séchées en tisane, ou en déco dans une salade. » Juste à côté, Carole Behr-Kohser désigne une plante que tout le monde a déjà vue. Avec ses petites capsules en forme de cœur, c’est la Bourse à Pasteur. « Sa rosette de feuilles se consomme, par exemple en salade, et les graines ont un goût de moutarde. » Un petit saut de puce plus loin, et on trouve du plantain. « Ils sont tous comestibles. En salades, quiches, pestos… Très riches en calcium et potassium, ils ont aussi des vertus apaisantes et calmantes. » Petite astuce pour les reconnaître : leurs feuilles ont des nervures parallèles.

« Dans le coquelicot, c’est comme dans le cochon, tout est bon »

« Ils sont tous comestibles ! » Entre deux rangs de vigne, Carole Behr-Kohser désigne un tapis de chénopodes. Souvent qualifiée de « mauvaise », cette herbe, riche en acide oxalique, fera merveille dans une quiche après avoir été blanchie à l’eau. On n’arrête plus Carole Behr-Kohser, qui montre un gaillet, puis de la luzerne, dont les fleurs et les feuilles sont consommables lorsqu’elles sont jeunes, mais qui gagne à être consommée au stade de jeunes pousses. D’ailleurs, les graines germées d’alfalfa ne sont pas autre chose que des graines de luzerne germées. Devant une espèce de pissenlit géant, elle corrige : « C’est du salsifis des prés, ou Barbe de bouc. Ce sont surtout les boutons floraux qui se consomment, sautés à la poêle par exemple. » Juste à côté, sur le même talus, du coquelicot étale ses pétales rouge vifs. « Dans le coquelicot, c’est comme dans le cochon, tout est bon », lance Carole Behr-Kohser : les jeunes feuilles, les tiges, mais surtout les fleurs, qu’il n’est pas rare de trouver en sirop, mais qu’on peut aussi jeter dans une salade, sur un dessert… Arrivés à l’orée de la petite forêt, un bouquet d’églantier constitue le clou de la balade. Ses jolies fleurs deviendront des petits fruits rouges (les cynorrhodons) très riches en vitamine C. On peut en faire tout un tas de choses : de la purée, de la confiture, mais Carole Behr-Kohser propose de déguster les fruits crus, pendant les balades d’automne : « Il suffit de les ouvrir et de gratter l’intérieur pour enlever les graines et les poils à gratter, et de profiter de leur goût acidulé tout en prenant des shoots de vitamine C avant l’hiver ».

Pour conclure, Carole Behr-Kohser, propose à son public de s’installer dans un verger pour goûter quelques-unes de ses préparations : un cake aux orties, une gelée de sureau, et un fromage au lierre terrestre. Absent de cette balade, cette plante est néanmoins très commune et diffuse un agréable parfum, subtil mélange de basilic, menthe et citron. En distribuant les mets, Carole Behr-Kohser délivre ses ultimes conseils : ne ramasser et déguster que si on est sûr à 150 % d’avoir bien identifié la plante, éviter de cueillir en bordures de chemin, bien trier la cueillette pour ne garder que les végétaux sains, les laver à l’eau ou au vinaigre blanc si nécessaire.

La tête ainsi farcie de nouvelles connaissances, le petit groupe rebrousse chemin pour se retrouver nez à nez avec le bar tenu par les membres du syndicat viticole. Le soleil brille, bientôt à son zénith, c’est le moment de se laisser tenter par un verre de vin, parmi les 13 issus du ban de Molsheim qui figuraient à la carte du jour.

Comptoir agricole

Par ici la bonne herbe

Technique

Publié le 19/06/2023


Après une mise en bouche sur les compléments alimentaires pour bovins, et un petit point machinisme et fournitures pour la récolte de l’herbe (lire en encadrés), Thierry Kolb et Lionel Freund, technico-commerciaux au Comptoir agricole, ont présenté les quelque 60 modalités différentes qui composent la plateforme fourragère. Elles ont été implantées derrière un triticale les 29 et 30 août, au semoir à gazon, en non-labour. « L’objectif principal est de montrer les différentes espèces et variétés, leurs caractéristiques et les progrès génétiques », pose Thierry Kolb. Il n’y aura pas d’analyse, ni quantitative ni qualitative, des différentes modalités. Par contre, la plateforme va rester en place trois ans, afin de voir comment évoluent les modalités qui, pour l’heure, ne sont en place que depuis moins d’un an. Donc seules les espèces à implantation précoce sont réellement appréciables à leur juste valeur.

La visite commence par les ray-grass. Avec des diploïdes et des tétraploïdes. Les premiers affichent un port plus gazonnant, qui leur confère une meilleure résistance au piétinement. Les seconds sont plus volumineux, plus appétants mais aussi plus riches en eau, ce qui implique une demi-journée de ressuyage en plus, au moins. De nombreux mélanges associent les deux types de ray-grass pour profiter de leurs atouts respectifs. Il existe aussi des ray-grass alternatifs et non alternatifs, les seconds ayant besoin d’une période de froid (vernalisation) pour faire des épis. Dans le secteur, confronté à une pression en vulpin importante, la rapidité d’implantation constitue un critère de choix important, tout comme pour un sursemis.

Viennent des mélanges de ray-grass et de légumineuses, notamment de trèfles. Thierry Kolb rappelle que les ray-grass sont nitrophiles, donc ont tendance à prendre le dessus en cas de fertilisation azotée. Or, les légumineuses ont besoin de lumière et de chaleur pour pousser. Aussi existe-t-il des mélanges avec 60 % de légumineuses et 40 % de graminées, conçus pour assurer la présence de légumineuse. Thierry Kolb pointe notamment le mélange ProHerb Renovation, composé de variétés « haut de gamme » de ray-grass anglais et italien, agressives, donc adaptées au sursemis. Ou encore le mélange Mojito, de ray-grass italien et trèfle violet, qui se « vend très bien », et « reste productif plusieurs années ». Le mélange Mix Protéine avec deux ray-grass hybride, un trèfle violet et un trèfle blanc, est aussi très prometteur.

Jouer sur les complémentarités entre espèces

Retour aux ray-grass en pur, avec une série de différentes variétés qui met en évidence la large gamme de précocité puisqu’il y a pas moins de cinq semaines d’écart en matière de date d’épiaison, ce qui conduit à des dates de fauche allant de début mai à début juin. Suit une série de fétuques. La fétuque des prés a une bonne valeur alimentaire, une bonne appétence, elle tolère bien l’hydromorphie et le piétinement, beaucoup moins le manque d’eau et la chaleur, ce qui en fait une espèce peu adaptée au changement climatique. La fétuque élevée résiste davantage au manque d’eau si ses racines peuvent descendre. « Elle résiste aussi bien au froid, à l’hydromorphie, mais sa valeur alimentaire est moyenne et elle est longue à s’implanter ».

Le dactyle a assez mauvaise presse, de par sa lenteur à l’implantation, son port cespiteux, en touffe, qu’il faut faucher ou pâturer régulièrement pour éviter qu’il monte. Par contre, « il valorise la moindre pluie, même la rosée, ce qui fait qu’il reste vert en été », pointe Thierry Kolb. La série des graminées se termine avec les bromes et la fléole des prés, pour laisser la place aux mélanges complexes, comme Proherb Perform, ou encore le mélange polymorphisme, élaboré sur la base d’un concept développé par l’Inrae, qui consiste à mélanger cinq variétés de chaque espèce afin de maximiser le polymorphisme du mélange. Ou encore le mélange Ferme des Bordes, lui aussi élaboré par l’Inrae, qui comprend de la luzerne, du trèfle violet, du dactyle, de la fétuque, et du ray-grass, « un super mélange, très passe-partout ».

Suivent les espèces un peu particulières, comme la chicorée, qui a tendance à monter vite, donc qui exige une conduite intensive, généralement associée avec de la fétuque ou du dactyle. Le lotier corniculé, qui résiste bien au manque d’eau, est très appétant. La visite se poursuit, et s’achève, sur les légumineuses. Tout d’abord les trèfles, dont certains sont stolonifères, ce qui leur confère une bonne capacité de résistance au piétinement, et d’autres pas. Puis des luzernes, en concurrence avec les graminées en cette première année de pousse. « Il faut les désherber », pointe Thierry Kolb, surtout dans un contexte à forte pression en vulpin comme celui-ci. Il existe différents types de luzernes, certaines plus méridionales, d’autres plus septentrionales, rappelle Thierry Kolb en désignant un mélange qui en comporte quatre différentes. Ultime conseil, avant de repartir la tête en vert : « Ne fauchez pas les luzernes trop tard ! »

Irricrop by Sencrop

Un outil de pilotage de l’irrigation simple et pas cher

Technique

Publié le 17/06/2023


Grâce à deux plans de subvention successifs, les adhérents du groupe Comptoir agricole peuvent désormais être équipés de stations météo connectées Sencrop. « En partenariat avec Gustave Muller, nous avons créé les réseaux atmosphR et atmosphR by VitiVina, qui comptent respectivement 637 et une soixantaine de stations », indique Grégory Ledien, chargé d’innovation au Comptoir agricole, qui précise que, dans le cadre de ces réseaux sponsorisés, les adhérents ont accès aux données issues d’une multitude de stations connectées ainsi qu’à un service après-vente de proximité.

En tant que distributeur local, le groupe Comptoir agricole a en effet un accès facilité aux pièces de rechange, et du personnel a été formé pour être en capacité d’intervenir sur les stations météo. La souscription aux réseaux atmosphR ou atmosphR by VitiVina permet donc d’avoir accès à de précieuses informations en temps réel, et d’en conserver un historique. Le niveau de base (Raincrop) donne accès à la pluviométrie et aux températures. Avec la version Windcrop, les adhérents disposent aussi d’informations sur la force et la direction du vent. Enfin, disponibles depuis l’an dernier, les sondes Solarcrop permettent de disposer de données sur l’ensoleillement. « Nous avons désormais une visibilité sur tous les aléas agricoles possibles », pointe Grégory Ledien.

Un meilleur suivi pour une meilleure planification des tours d’eau

Toutes ces données peuvent aussi servir à alimenter Irricrop, un module de pilotage de l’irrigation développé par Sencrop et disponible dans l’application liée aux stations météo connectées. Téléphone à l’appui, Grégory Ledien démontre en quelques clics la facilité de prise en main de l’outil : « Il suffit de créer une parcelle, de la géolocaliser sur la carte, de renseigner la culture, la date de semis, le type de sol, soit sur la base d’une analyse de terre, soit en choisissant parmi les propositions d’un menu déroulant, et on obtient un graphique schématisant l’évolution de la réserve utile ».

Jean-Baptiste Algeyer, technico-commercial Innovation à Gustave Muller précise : « Il est également possible de renseigner les dates des principaux stades culturaux, l’indice de précocité de la variété, la profondeur du sol, sa pierrosité, et même la réserve utile, si on la connaît, pour être plus précis. Et bien sûr, les tours d’eau effectués qui influencent la réserve utile ». Pour l’évaluer, Irricrop utilise les données des stations météo Sencrop les plus proches des parcelles créées. Pour étoffer le réseau existant, le Comptoir agricole et Gustave Muller ont développé, en propriété, un réseau de 50 capteurs équipés de sonde d’ensoleillement, espacés d’une dizaine de kilomètres maximum. Les agriculteurs qui souscrivent à l’option Irricrop ont accès aux informations issues de la station la plus proche, donc même aux précipitations liées aux épisodes orageux, qui peuvent passer sous les radars des outils de pilotage de l’irrigation traditionnels.

Pour l’instant, Irricrop n’émet pas d’alerte quand la réserve utile atteint un seuil critique, mais cette fonctionnalité est en cours de développement. L’outil ne donne pas non plus d’indication sur la quantité d’eau à apporter, qui est de toute manière dictée et limitée par des contraintes techniques. Par contre, il est possible d’estimer dans quelle proportion un tour d’eau améliore la réserve utile. Irricrop permet aussi de mieux planifier l’arrêt de l’irrigation, le moment où le stade 32 % d’humidité du grain est atteint pouvant être estimé grâce aux données météorologiques et à l’avancée des stades, ou être renseigné par l’agriculteur lui-même.

« L’objet de cet outil, c’est surtout de mieux suivre l’évolution de la réserve hydrique dans les différentes parcelles de l’exploitation, et, ainsi, de pouvoir donner la priorité à celles qui ont le plus besoin d’eau », résume Grégory Ledien. Distributeurs des outils et solutions Sencrop, le Comptoir agricole et Gustave Muller proposent l’accès à Irricrop à 150 € pour 2023 afin d’inciter un maximum d’agriculteurs à adhérer à ce service qui doit permettre de réaliser des économies tout en garantissant le rendement et la qualité de la récolte À noter qu’après cette offre de lancement, le tarif pourrait doubler dès 2024.

Récolte du maïs semences

Ne pas en perdre un grain

Technique

Publié le 16/06/2023


Alors que les maïs semences poursuivent leur cycle, le Comptoir agricole prépare déjà la campagne de récolte 2023. Ce sera celle de l’utilisation de l’outil de traçabilité GeoCrops qui a été testé en 2021 en parallèle du système papier, et en 2022 seul, avec « très peu de soucis, et une bonne fluidité », rapporte Arnaud Waldy, technicien de production de semences au Comptoir agricole. « Ce logiciel, développé par la société QuestInnov, spécialisée dans l’élaboration d’outils destinés aux industries semencières, permet de se passer des fiches papier qui accompagnaient la cinquantaine de bennes dédiées à la récolte du maïs semences, du champ jusqu’à l’usine, et qui pouvaient se perdre ou s’abîmer en cours de route. »

Désormais, les bennes sont suivies uniquement grâce à un système de code-barres qui permet de les identifier. En outre, les deux corn-pickers qui effectuent la récolte sont suivis grâce à des balises GPS. « Dans 95 % des cas, les deux corn-pickers travaillent en même temps sur la même parcelle. Grâce à leur géolocalisation, il est possible de savoir, à distance, où ils sont, la vitesse à laquelle ils avancent, s’ils sont en mode travail ou à l’arrêt », détaille Arnaud Waldy. Au-delà d’avoir un suivi du chantier de récolte en temps réel, cela permet aux équipes du Comptoir agricole de prévoir de manière plus précise le nombre de bennes nécessaires au transport de la récolte d’une parcelle. « Une fois qu’une benne est remplie, ce qui correspond à environ 10 t de maïs semences, on connaît la surface qui correspond à une benne. Et on sait donc combien il faut de bennes pour réceptionner la récolte de la parcelle entière. »

Une information importante qui permet d’optimiser le chantier de récolte : « Avant, on estimait la quantité de bennes au jugé. Il arrivait donc qu’il reste des bennes vides, qu’il fallait transporter à nouveau jusqu’à la parcelle suivante, ce qui faisait perdre du temps et demandait plus de manutention », rappelle Arnaud Waldy. Désormais, la récolte est optimisée. « Par sécurité, il y a souvent une ou deux bennes de trop quand même, mais ça n’est pas gênant car il y a de toute manière une remorque porte caisson qui va de parcelle en parcelle », précise le technicien.

Des sécurités entre grains des champs et grains d’usine

Ce système permet aussi de faire correspondre chaque benne à un numéro de contrat, qui correspond lui-même à un agriculteur et une variété. Ainsi identifiée au champ, la remorque est prise en charge par un transport partenaire qui la dépose sur le site de Marlenheim, où elle suit la procédure d’entrée. C’est-à-dire qu’elle est pesée et scannée avant d’être placée en ventilation. Une étape qui permet de dessiquer les épis, soit avec de l’air froid, soit avec de l’air chaud, pour les variétés plus difficiles à effeuiller, ou pour les épis récoltés plus humides. À ce stade, la traçabilité passe du logiciel GeoCrops à l’outil GUS (Gestion usine de semences) : « Les deux outils communiquent de manière automatique depuis deux ans », précise Arnaud Waldy. En outre, la communication entre les deux systèmes inclut des mesures de sécurité : « Quand une benne pleine passe de GeoCrops à GUS, elle disparaît de GeoCrops. Et quand une benne est vidée dans GUS, elle réintègre GeoCrops. On sait donc qu’elle est disponible et peut servir à aller collecter une nouvelle variété, chez un autre agriculteur, donc sous un autre numéro de contrat ».

Une fois la benne vidée dans la chaîne d’effeuillage, elle est déclarée vide et peut réintégrer le processus de récolte. Son contenu, lui, poursuit le processus de transformation : tri, séchage en cellules (là aussi le code-barres permet de savoir ce que contiennent les différentes cellules de séchage), égrainage, stockage, calibrage, ensachage, expédition… À noter que, comme les bennes, les cartons qui servent au stockage des grains sont identifiés, tracés, et qu’une fois vidés de leur contenu, ils retournent dans le circuit pour accueillir le fruit d’un nouveau contrat. Rien ne se perd donc : ni les grains, ni les bennes, ni les cartons.

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