Théo, futur arboriculteur
Amateur de tracteur et de liberté
Théo, futur arboriculteur
Vie professionnelle
Publié le 08/01/2021
Théo enfile son gilet bleu sans manches, sa paire de chaussures de marche. C’est parti pour un samedi après-midi de travail. Il monte à l’avant de la fourgonnette, à côté de son papa. Le duo sort du village de Roppenheim. Direction une parcelle de 1,8 ha de quetschiers, située le long de l’autoroute A35. À destination, pas besoin de donner d’instructions, chacun sait ce qu’il doit faire. Avec sa tronçonneuse, Charles Tuchscherer coupe la cime d’un premier arbre. Théo, lui, regroupe les bois tombés sur le côté de la rangée. « Ce sera plus simple pour passer le broyeur pour ensuite replanter des pruniers », explique ce jeune de 14 ans, avec une assurance timide, propre à son âge.
Le matin, Théo était en train de labourer une parcelle de maïs, non loin de là, tout seul, comme un grand. « C’est normal, il y a tellement de choses à faire pour préparer l’hiver qu’il faut être efficace », poursuit ce garçon aux cheveux bruns qui, s’il le pouvait, raterait bien ses cours de 4e pour rester dehors à aider son papa et ne rien rater de la vie de l’exploitation.
« Nous avons essayé de l’inscrire à des activités sportives mais ça n’a pas marché », avoue le papa, arboriculteur et céréalier, un brin résigné mais pas si dérangé que cela par la situation car, au fil des années, son fils est devenu son bras droit. « Il sait tout faire. Et si je lui demande de se lever à 6 heures du matin pour venir irriguer avec moi, pas de souci, il est toujours prêt. »
Charles n’a pas forcé son enfant dans la passion pour le métier. Tout s’est fait naturellement, dans l’environnement familial. « Je me souviens encore de ce jour où mon fils est resté seul au volant d’un tracteur, à l’âge de 2 ans, raconte Sonia, remplie d’émotions alors qu’elle sort un petit album photo qui retrace les débuts de Théo et de sa sœur aînée, Emma. Quand on a voulu l’en descendre, il s’est mis à pleurer si fort. »
À 6 ans sur le Kubota
Théo a eu gain de cause. À 6 ans, sous la surveillance de ses parents, il a même appris à conduire son premier tracteur de verger, autour de la maison : un Kubota M8540. « C’est devenu mon préféré », confie le garçon. D’abord sans outil, puis avec une petite remorque, maintenant avec n’importe quelle machine, sauf le pulvérisateur « par précaution pour sa santé », préfère son papa. « Ce n’est pas si facile de conduire, comme les cabines ont plein de boutons. Il faut apprendre à accélérer le moteur, à allumer la coupe, mais ça va », admet Théo, qui roule dans les champs avec son papa, mais jamais sur la route.
Des tracteurs, Théo en a rempli la maison. En Légos, dans le salon, ou agencés avec des pièces en bois, dans la petite mezzanine qui dessert les chambres. Il ne joue plus avec mais chaque objet conserve sa place. « Cela fait partie de la décoration », commente sa maman, amusée. Même les grains de maïs que Théo utilisait pour sa petite moissonneuse sont restés bien en vue, dans un bac, à côté du garage en carton.
Maintenant, Théo collectionne plutôt les posters de tracteurs dont il tapisse les murs de sa chambre. À droite de son lit, il a déjà accroché le calendrier 2021 de la maison John Deere que lui a commandé sa maman, complice de sa passion. « Parfois, la nuit, je rêve de conduire une machine avec une charrue à 12 socs », partage Théo, conscient que cela ne lui arrivera sûrement pas. Sauf s’il part aux États-Unis, mais ce n’est pas son intention. Lui veut succéder à son papa, sur sa soixantaine d’hectares de céréales et de verger de pommes, poires et prunes.
L’espoir de la natti
Devant la motivation de son fils, Charles Tuchscherer, 55 ans, s’est lancé dans la culture de la nouvelle pomme alsacienne natti sur 3,5 ha. Il estime que cette activité durera au moins vingt ans, de quoi faciliter l’entrée de son garçon dans le métier. Théo, lui, a fait son premier plant en mars 2018, et récolté ses premiers fruits l’année suivante. « Il y en avait déjà beaucoup, alors j’ai l’espoir que ça continue », déclare l’enfant. Les chiffres lui donnent pour l’instant raison. En 2019, Charles Tuchscherer a obtenu 30 t/ha de natti ; en 2020, 52 t.
Reste à découvrir et comprendre les coulisses du métier. « Souvent, il vient me trouver après avoir regardé des vidéos sur Youtube, pour me dire qu’il faudrait acheter telle ou telle machine. Je lui réponds qu’il faut d’abord avoir les sous », témoigne Charles Tuchscherer qui essaie de distiller à son fils autant de conseils que possible pour « avoir une exploitation viable, réfléchir avant de se lancer mais pas trop longtemps ».
Même si elle a souvent « la frousse » quand elle voit son fils monter sur des machines, comme bien des mamans, Sonia encourage Théo dans son parcours. Elle a déjà contacté le lycée agricole d’Obernai pour qu’il y parfasse ses connaissances, directement après la fin de sa scolarité au collège de Seltz, ou après une année de 3e au lycée de Wintzenheim.
Une pareille formation lui permettra d’explorer davantage encore son désir de protéger la nature et les animaux. En attendant, ces jours où la nuit tombe plus vite qu’il ne le voudrait, Théo finit par s’entraîner à moissonner le blé sur le jeu vidéo Farming Simulator. En cinq minutes, il parvient à accumuler 8 061 € en revenu de récolte. « Si c’était comme ça en réalité, on n’aurait pas besoin de planter des pommes », lâche Charles, en interpellant son fils. Théo acquiesce par un rire franc.












